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Blog collaboratif du M2 DSI de l'IUFM d'Aquitaine

Harmonie entre école et télévision: mission impossible?


       Aujourd’hui, la télévision occupe une place non négligeable dans le quotidien de beaucoup d’enfants et un grand nombre de personnes s’interroge sur les effets éventuels de cette rencontre quasi quotidienne avec le petit écran. Certains chercheurs accusent ce média d’être la cause de nombreux maux ; d’autres au contraire considèrent que ses effets ne sont pas nuisibles. La télévision, et sa fréquentation par les enfants, entraîne chez eux de nombreux apprentissages dont certains concernent des domaines que l’école prend en charge.  Maguy Chailley analyse ce lien entre la télévision et les apprentissages scolaires http://www.cairn.info/revue-le-telemaque-2002-2-page-81.htm:  la télévision divertit, informe, éduque et stimule l’imagination chez l’enfant et reste inscrite dans une tension permanente entre deux pôles : la distraction et l’éducation. Pour que la télévision offre à l’enfant une dimension de connaissance et de formation, le rôle des parents et des professeurs est primordial pour assurer une médiation en modérant et en organisant l’utilisation de la télévision. Grâce à elle, l’ école offre des apprentissages qui sont présents dans différents champs disciplinaires. Quels usages peuvent en avoir les élèves et les enseignants en classe ? Quelles transformations ces apprentissages provenant de la télévision peuvent-ils connaître lors de leurs manifestations dans l’univers scolaire ?

      En 1979, l’opération JTA (Jeune Téléspectateur Actif) est lancée par le Ministère de l’Education National pour encourager les usages pédagogiques de la télévision. Par ailleurs, ce média a été introduit à l’école comme outil d’apprentissage et son usage pose des questions par rapport à certaines pratiques scolaires. Qu’il s’agisse de ce que l’on a appelé la « télévision scolaire », qui fournissait des émissions directement et explicitement corrélées aux programmes de l’école, ou qu’il s’agisse d’émissions « grand public » dont le thème et le traitement rendent possibles une utilisation en classe au profit de telle ou telle partie du programme (d’histoire, de géographie, de sciences, de littérature…), il convient de s’interroger sur la manière de s’en servir, les objectifs poursuivis, les apprentissages escomptés et ceux effectivement réalisés. Il s’agit pour l’enseignant de montrer à ses élèves des émissions en rapport avec les contenus d’enseignement de l’école. Certains contenus télévisés peuvent servir de support pour illustrer un cours. On parle alors de télévision éducative. Dans son livre Les enfants téléspectateurs, programmes, discours, représentations, Elisabeth Baton-Hervé explique que le concept de télévision éducative allie le langage spécifique de la télévision avec le contenu éducatif à véhiculer sachant que le but est d’informer, d’instruire et de développer les aptitudes des enfants. L’enseignant peut se servir des programmes proposés par le site.tv qui est un espace vidéo en ligne proposant des vidéos pédagogiques destinées aux établissements scolaires, aux enseignants, aux documentalistes, au personnel éducatif et aux élèves. Ce site sélectionne des extraits d’émissions grand public, par exemple sur la biographie d’Hitler, auquel il ajoute un livret contenant le découpage de la séquence choisie, le vocabulaire important à retenir sur cette émission et des exercices corrigés destinés aux élèves. L’extrait de l’émission a toujours un rapport avec le programme scolaire et le site.tv indique à quelles classes tel ou tel type d’émission est destiné. Par exemple, la biographie d’Hitler est destinée à des élèves de troisième et se rapporte au programme d’histoire tandis que l’extrait « A table ! Faune du désert » s’applique à des élèves de sixième et se rapporte au programme Science de la Vie et de la Terre.  L'espace vidéo des enseignants et des élèves

La télévision enrichit la palette de ressources documentaires imagées dont les enseignants se sont toujours entourés depuis le début de l’école obligatoire. L’élève apprend ainsi à traiter l’information différemment et à ne pas être passif devant la télévision. La réception des images est un processus actif. Les travaux de Serge Tisseron expliquent le rapport qu’entretient l’enfant avec l’image télévisuelle. On est là dans une perspective d’éducation civique : rendre le jeune téléspectateur actif et critique pour le préparer à son avenir de citoyen responsable. Dans son article  » De l’ éducation aux médias aux médiacultures: faire évoluer théories et pratiques« , disponible en ligne http://www.ina-sup.com/node/1579 , Geneviève Jacquinot explique bien que l’école doit aussi éduquer aux médias, l’élève doit apprendre comment devenir un « media-literate »[1].

            Il existe des émissions ayant pour point de départ un livre, un roman ou un album. Il peut s’agir d’un roman classique, comme L’île au trésor ou Les Quatre filles du docteur March ou encore Orgueil et Préjugés. Dans ces cas d’œuvres où le récit écrit occupe une très large place, la mise en image va forcément traduire la vision du réalisateur avec tout ce que cela va entraîner de différences par rapport à ce qu’un autre lecteur aurait pu visualiser à la lecture du texte écrit. Pourquoi travailler en classe sur ce genre d’émission ?[2]  Cela permet de montrer aux élèves les liens entre les œuvres de la télévision  et les œuvres écrites . Ce travail peut inciter les élèves à lire davantage. Pour les élèves qui ont du mal à entrer dans la lecture d’un récit nouveau, le visionnement préalable de l’histoire aide à surmonter des difficultés propres à l’entrée dans n’importe quel récit écrit : le repérage des personnages principaux, l’anticipation sur le type d’événement susceptible de se produire, la prise en compte du contexte, et tout simplement la production d’images mentales à partir de la lecture du texte. Bien sûr, l’enseignant peut choisir un film qui respecte l’idée de l’auteur du livre et rappeler les différences que l’histoire peut comporter. L’enseignant peut aussi relever les cas d’intertextualité explicites ou implicites qui peuvent être présents dans un film.

       Certaines émissions se centrent sur la lecture. C’est le cas de Lire, lire, lire, Bouquin-Copain ou Ascenseur pour l’aventure. Utiliser à l’école ces émissions sur le livre et la lecture permet de les faire connaître aux enfants, qui les ignorent assez souvent. Ces émissions créent un lien entre télévision et promotion du livre. Par exemple, le schéma narratif classique d’un récit policier est souvent le même dans un film et dans un livre : Situation initiale- Enigme- Enquête- Examen des indices- Elaboration d’hypothèses- Vérification de ces hypothèses- Elucidation de l’énigme. A l’école, l’élève peut apprendre à analyser la structure et le fonctionnement de l’émission ainsi que les informations qu’elle fournit sur l’univers du livre. Il peut aussi apprendre à comparer les livres eux-mêmes et la présentation qui en est faite à l’écran. L’émission peut servir de référence à des activités autour des livres. Accéder à un récit peut se faire avec différentes modalités de mise en forme dont il convient de repérer la spécificité. Avec une émission télévisée, les images sont animées, fugitives, vues successivement. La présence de l’écrit est remplacée par des voix off ou des dialogues. Dans un livre, le mouvement et le son sont suggérés, tandis que dans une émission, ils sont montrés.

       Ainsi, lire, c’est produire des images correspondant aux mots et aux phrases lues, des images puisées dans notre mémoire, elle-même alimentée par ce que nous percevons. Lire, c’est savoir repérer l’intrigue principale d’un récit sous la diversité éventuelle de ses mises en forme, comme un récit filmique. Certains contenus télévisés peuvent être utilisés à des fins éducatives au sein de l’école. Education et communication deviennent alors indissociables. Le professeur fait le lien entre le programme scolaire et la télévision éducative, il devient un médiateur qui guide le dialogue des élèves.


[1] « est media-literate tout individu capable d’exercer des choix et d’évaluer les raisons de ses choix ; qui peut se protéger lui-même ainsi que sa famille des contenus indésirables ; et qui a acquis les savoirs et savoir-faire lui permettant de se servir lui-même des médias comme citoyen responsable et de participer pleinement à la vie sociale ».

[2] VANOYE, Francis, Récit écrit, récit filmique, Paris, Armand Colin, 2005

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