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Blog collaboratif du M2 DSI de l'IUFM d'Aquitaine

Compte-rendu de la rencontre scientifique du 22 juin – Humanités digitales à Bordeaux.


Le 22 juin 2011, dans les locaux de Cap Sciences à Bordeaux se tenait toute la journée une rencontre scientifique sur le thème des Humanités digitales, plus précisément intitulée « les parcours de la recherche dans les communautés virtuelles ». Elle était organisée dans le cadre du projet de création d’un institut des Humanités Digitales de Bordeaux (IHDB), de l’initiative d’excellence de l’université de Bordeaux (IdEx) et du schéma directeur pour l’Université Numérique d’Aquitaine (UNA), comme l’ont précisé Valérie Carayol, Hélène Jacquet et Didier Paquelin lors de la présentation du colloque.

Cette journée poursuivait plusieurs objectifs :

  • débattre de l’intérêt de la mise en place d’un réseau social pour les chercheurs en SHS.
  • voir quels types de réseaux sont déjà instaurés dans les communautés de chercheurs et les laboratoires.
  • voir quel est leur fonctionnement et s’ils sont efficaces.

Olivier Dupouët, lors d’une première intervention, a mis l’accent sur le rôle des communautés (pas uniquement virtuelles) dans les entreprises. Certaines sont orientées exploitation (bonnes pratiques, amélioration des savoir-faire, fiches techniques, diffusion vers les pairs …), d’autres sont orientées exploration (veille technologique, questionnement sur le métier, diffusion verticale vers les instances décisionnaires …). Les individus adhèrent à ces communautés en fonction de leurs besoins. Créées par des initiatives individuelles, ces communautés sont des sources d’opportunités pour les décideurs et contribuent au développement des connaissances au sein de l’entreprise.

Cécile Gardies et Isabelle Fabre ont ensuite présenté leurs travaux sur le partage de l’information dans les communautés de chercheurs. L’information répond à deux besoins différents : elle est un aliment de la recherche, ou bien elle permet de valoriser des travaux scientifiques. A la suite d’entretiens menés auprès des enseignants-chercheurs, il ressort une méconnaissance globale sur le plan des archives ouvertes et du partage de l’information, c’est pour eux un paysage relativement flou. La demande de formation est forte et la question de la médiation et de l’accompagnement des utilisateurs se pose avec acuité. On relève aussi une grande différence dans le traitement des métadonnées entre les différentes archives ouvertes, ce qui est pourtant aujourd’hui un enjeu majeur. Il y a une démarche très individuelle, presque « secrète » dans la recherche d’information de la part des chercheurs.

Pour Bernard Claverie et Jean-Philippe Domenger, qui nous ont présenté quelques exemples d’outils créés par les scientifiques des « sciences dures » pour faciliter la recherche en SHS, « la science des uns est l’outil des autres ». Nous avons ainsi pu voir des exemples de « graph », qui est un outil de données statistiques (fouille de données interactives), d’imagerie terahertz, d’outils de comparaison, de recherche dans les vidéos, d’indexation et de structuration des documents anciens, ainsi que de la « paléopathologie 3D ». Ces outils permettent la recherche pluridisciplinaire et proposent de nouveaux moyens d’interagir pour résoudre les problèmes qui sont posés aux chercheurs en SHS (ici les exemples étaient surtout archéologiques). Il a également été souligné la nécessité de prendre en compte les contraintes cognitives et les pratiques des usagers. Les ingénieurs ont un rôle « d’interfaceurs ».

Stéphane Brunel a ensuite abordé la thématique de l’ingénierie et de la conception de produits. Concevoir des produits, c’est en même temps apprendre à les concevoir : un produit génère de la connaissance lors de sa conception. Il faut prendre en compte trois environnements différents lors de la conception d’un artefact : le social et le culturel, le symbolique et le sémantique et enfin l’objectal (la façon dont l’objet va être manipulé).

Annie Cheneau-Loquay nous a présenté l’histoire de deux réseaux de chercheurs : Africanti (réseau informel) et Gdri Netsuds (réseau institutionnel). Le réseau Africanti, construit sur des relations interpersonnelles, est un observatoire de l’insertion et de l’impact des TIC en Afrique créé en 1998 et refondu en 2006. Se présentant comme un site de ressources en ligne, son fonctionnement essentiel reposait sur les listes de discussion. Une rencontre entre les chercheurs était organisée une fois par an. Ce réseau a connu un grand succès. En revanche, la structure Netsuds, très lourde (1 an et demi de montage) et contraignante pour les chercheurs, n’a pas très bien fonctionné. Les conditions de diffusion et d’appropriation d’un réseau tiennent à des facteurs humains, la motivation des acteurs a une grande importance. L’animation de réseaux tels que ceux-ci se révèle également très chronophage.

Alexandre Geffen, créateur de fabula.org, a présenté le fonctionnement de son site, créé il y a 13 ans avec d’autres doctorants. Il y a aujourd’hui 400 000 visiteurs par mois sur le site, qui est géré par une équipe de 13 personnes. Le site s’occupe d’un champ scientifique unique : la recherche en littérature et repose sur un mode de fonctionnement bénévole, bien qu’il soit institutionnalisé (soutien de l’ENS et du TGE Adonis). Ce site a permis aux rédacteurs d’obtenir des postes dans des universités par la suite. Il y a un lien profond entre les littéraires et internet, qui fait aujourd’hui partie d’une certaine culture de l’écrit.

Enfin, une table ronde a clôturé cette rencontre riche en échanges et en découvertes. Un grand merci à tous les organisateurs, intervenants et participants de cette journée et en particulier à Franc Morandi, qui m’a permis d’y assister.

DocDryade.

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